Le Booster saison #5 : Smartmoov

Exploiter les data des véhicules pour une conduite augmentée

Le sujet de la voiture connectée ne laisse pas indifférents les conducteurs que nous sommes. Mais certains vont plus loin en imaginant les services qui vont aider les professionnels à en exploiter tout le potentiel.

C’est le cas de Stéphane Pau avec Smartmoov, une plateforme liée à une application qui ne se contente pas de collecter les données des véhicules mais y ajoute aussi les données de l’open data pour, in fine, livrer une information utile aux particuliers.

Client, vous avez dit client ?

Cet utilisateur final à qui on va transmettre des informations sur sa voiture, son environnement et sa façon de conduire ne sera pourtant pas le client de Smartmoov : « le client, c’est notamment l’assureur. Aujourd’hui, des solutions de ce type existent mais elles ne vont pas assez loin. On me donne une note en tant que conducteur mais au-delà de cette note, comment je fais pour améliorer ma conduite ? » interroge Stéphane Pau.

Smartmoov veut devenir l’assistant qui conseille pour mieux sécuriser la conduite : « si les données indiquent que vous prenez telle route à telle heure pour vous rendre au travail et qu’on identifie un accident sur le parcours, on est à même de vous conseiller de partir plus tôt et surtout, de rester vigilant. On travaille aussi sur l’usure: une simple photo permet de constater l’état d’un pneu et de prévoir la date du prochain changement. C’est rassurant et ça permet aussi de s’organiser côté budget. Fin 2016, la sécurité routière a publié une étude qui montrait que les systèmes d’assistance (des constructeurs ou d’un tiers) diminuent la sinistralité, donc les accidents, de 20%. Et cette diminution augmente les revenus des assureurs de 27%. L’idée c’est de transformer ce qui n’est actuellement pour eux qu’un produit d’appel en source de profits. » 

« Allez voir vos clients », le mot d’ordre du Booster

Pour Smartmoov aussi, Le Booster a joué son rôle d’empêcheur de tourner en rond : « Le Booster m’a permis d’élargir le champ d’action du projet. Au départ, j’étais focalisé sur les assurances mais on m’alerté sur la fait qu’il allait me falloir beaucoup de clients pour que mon business model fonctionne. Et que ça allait donc être long et compliqué. »

Avec Stéphane Schultz de la Fabrique des Mobilités, Stéphane Pau envisage donc de s’adresser à d’autres clients comme les collectivités pour les accompagner en identifiant par exemple les zones accidentogènes. Et plus encore : « j’ai participé à un hackathon BNP qui m’a aidé à découvrir d’autres possibilités pour Smartmoov : aujourd’hui, les notes de frais ne sont pas automatisées par rapport au kilométrage alors qu’exploiter la data d’une voiture connectée permettrait de faire remonter les trajets professionnels avec un simple pointage et d’en déduire les paiements liés. C’est intéressant pour les groupes et PME mais aussi pour les indépendants qui pourraient transmettre simplement leur kilométrage à leur comptable ».

Piqué à l’entreprenariat

Dans le monde des startups, Stéphane n’en est pas à son coup d’essai. Après une carrière dans l’informatique industrielle, il crée Ariase en 2002 : « c’était finalement assez pragmatique, je déménageais et je cherchais à choisir mon futur opérateur internet sans trouver de site pour comparer les offres ». 15 ans plus tard, Ariase compte 70 collaborateurs et 8 millions de chiffre d’affaires.

Et c’est avec sa première entreprise que l’aventure Smartmoov a commencé pour Stéphane Pau : «  j’ai eu la chance d’aller au CES de Las Vegas en 2016 et j’y ai rencontré des assureurs de la Silicon Valley qui nous ont expliqué ce qu’ils étaient en train de mettre en place : ça m’a passionné. Je me suis ensuite lancé tout seul un peu comme pour Ariase, ce n’était pas forcément une envie mais les startups ne font pas toujours le poids face à la sécurité de l’emploi. Pourtant c’est aussi ça une startup : elle cherche son modèle, elle cherche ses clients, au départ elle n’a rien ! »

Et maintenant ? Smartmoov va passer l’été avec Start Me Up avant de rejoindre Emergys à la rentrée, avec les premières expérimentations. Parallèlement, Stéphane Pau va travailler avec Loustic — rencontré via le Booster — sur le volet ergonomie et acceptabilité de son projet : « On a le MVP, on a 70 utilisateurs équipés de boîtier mais ce sont des geeks de l’automobile qui trouvent passionnants de participer à ce projet. D’autres seront peut-être plus difficiles à convaincre mais on va y travailler. Diminuer le risque d’accident me semble un argument plutôt convaincant ! »