[inOut] Comment intégrer les véhicules autonomes dans les transports publics urbains ?

Le programme de recherche sur les véhicules autonomes TUMCREATE, mené conjointement par deux universités techniques : la Technische Universität München (TUM) en Allemagne et la Nanyang Technological University (NTU) à Singapour, sera présenté à InOut à Rennes du 28 au 31 mars.

Ce programme est financé par la National Research Foundation of Singapore. Après une première phase dédiée à l’électro-mobilité entre 2011 et 2016, TUMCREATE se consacre désormais aux véhicules autonomes.
Ainsi, 80 experts (ingénieurs, designers, informaticiens…) sont mobilisés pour réfléchir aux transports de demain, au cœur même d’une des régions du globe les plus innovantes et les plus dynamiques dans ce domaine. L’objectif de cette seconde phase, qui se terminera en 2021 : proposer un système intégré au transport public singapourien basé sur les véhicules autonomes.

Singapour, un « living lab »

Ou en français dans le texte, un laboratoire vivant. Les startups et les projets prolifèrent dans cette cité-État : EasyMile, 2getthere ou encore Bolloré et son service d’autopartage électrique BlueSG. Le Centre of Excellence for Testing and Research of Autonomous Vehicles (CETRAN), lancé fin 2017, permet aux chercheurs de tester leurs véhicules autonomes, en situation réelle — règles de circulations, infrastructures locales, schémas de trafic communs… D’ici 2030, des bus autonomes pourraient circuler dans les rues de Singapour.

C’est donc dans cet écosystème bouillonnant que s’inscrit TUMCREATE, qui a d’ailleurs participé au développement de la TR 68 : « Technical Reference on Autonomous Vehicles – Part 1 : Basic behaviour » — l’étape préliminaire d’une future norme pour le déploiement des véhicules autonomes.

En 2021, date de la fin de cette seconde phase, un cahier des charges complet sera remis : design des véhicules autonomes, structuration des horaires, dimensionnement du système intégré. « Il faudra ensuite que les autorités locales s’associent avec des constructeurs pour mettre en œuvre le projet », indique Henriette Cornet, chef de l’équipe Design for Autonomous Mobility au sein de TUMCREATE.

design d'un véhicule autonome dans les transports publics urbains - tumcreate

Ce sera d’ailleurs le fil rouge de l’atelier qu’elle co-animera le 28 mars prochain à l’occasion d’inOut à Rennes : comment répondre aux défis et aux opportunités des véhicules autonomes dans les transports publics urbains ? Et comment rassembler toutes les parties prenantes — acteurs du transport, décideurs publics, chercheurs et industriels ? « Nous devons tous collaborer : chercheurs, industriels, agences publiques sans oublier le citoyen. L’approche top down est obsolète dans la mise en place de ces nouvelles technologies », souligne Henriette Cornet. L’une des clés : le design participatif, ou participatory design approach.

L’humain, au cœur du design

Henriette Cornet l’affirme : « la dimension humaine est essentielle dans nos travaux de recherche ». Trois grands axes sont ainsi privilégiés dans son équipe constituée principalement de Designer Industriels.

Le premier : l’acceptabilité, qui passe par des études comportementales, des interviews ou encore des ateliers de design avec les personnes concernées. L’objectif étant d’identifier les critères d’acceptabilité de ce nouveau mode de transport en commun, autonome, par le public. « Nous travaillons sur les attentes des personnes vis-à-vis de la mobilité de tous les jours. Il est primordial de s’imprégner du contexte socio-culturel local, car l’acceptabilité n’est pas universelle. »

Le second : les interactions homme-machine. Ici, la démarche est plus pragmatique, et vise à proposer des solutions concrètes pour faciliter et adapter la communication entre le véhicule autonome et ses usagers. « Nous suivons les principes de ce que l’on appelle l’Universal Design : l’approche est inclusive, et doit répondre aux besoins de tous ». À titre d’exemple, TUMCREATE réfléchit à des solutions alternatives comme un compagnon virtuel pour que les personnes malvoyantes, qui ont l’habitude de demander au chauffeur le numéro de la ligne avant de monter dans le bus, aient l’information à l’arrêt du véhicule autonome. Ou encore des systèmes de communication entre les véhicules autonomes et les piétons pour assurer leur sécurité au moment de traverser la chaussée.

participatory design approach : la réalité virtuelle dans les ateliers participatifs de TUMCREATE

Enfin, l’équipe Design for Autonomous Mobility développe de nouvelles méthodes de recherche pour intégrer les personnes dans le design même du véhicule et du système. « Nous misons notamment sur la réalité virtuelle pour mettre les participants en immersion totale. Ils peuvent ainsi se projeter en situation réelle, et échanger avec nous sur les différents scénarios possibles. »

TUMCREATE disposera aussi d’un stand au sein du village inOut en Bretagne les 30 et 31 mars prochains, où les visiteurs pourront expérimenter une immersion en environnement virtuel et découvrir les sujets de recherche plus en détail.

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